Chateau de la Beroje
La Beroje Armagnac
Le Château de la Béroje est dirigé par le charmant couple Raymond et Gentille Crombez de Montmort, héritiers de leur oncle Bernard L’Huillier renommé en son temps pour la grande qualité de ses eaux de vie. Propriétaires-récoltants depuis 1998, ils assurent sur le domaine l’ensemble des opérations de production : les armagnacs de la Béroje proviennent exclusivement des vignes du domaine , sont distillés , élevés et mis en bouteilles sur place. Cette maitrise de tout le processus de production garantit un contrôle total de la qualité et de l'authenticité de l'armagnac. Fidèles aux traditions armagnacaises, ils s’insèrent pleinement dans « ce monde de l’Armagnac qui est avant tout un monde de producteurs ».
Les chais de La Béroje renferment un impressionnant panel de millésimes de 1946 à nos jours. Il y a quelques manquants dans les années 40 et 50 mais à partir de 1966, tous les millésimes sont présents.
Produits
Chateau de la Beroje 30 year old Armagnac
Château de la Beroje Armagnac 40 ans d'âge
Château de la Beroje Hors D'Age Armagnac
La vigne et le terroir
Le domaine , en pleine restructuration, comprend 4 hectares de vignes nouvelles, de Baco. Les replantations s’échelonnent : Folle Blanche et Ugni blanc l’année prochaine mais les propriétaires ne souhaitent pas dépasser une dizaine d’hectares pour un accompagnement optimal de leurs armagnacs.
Persuadés que "l'avenir de l’Armagnac est dans la qualité", ils sont très vigilants sur la production de vins très sains et de faible degré d’alcool, idéalement autour de 9 %. Pour ce faire, les vendanges sont plutôt précoces en saison et se font tôt le matin ; les raisins sont immédiatement pressés. Le domaine de La Béroje se situe à la frontière du Gers et des Landes, là où l'argilo-calcaire se mêle aux sols sablonneux des Landes, dans un terroir privilégié appelé "Grand Bas Armagnac" tout à fait à l’ouest. Il ne s'agit pas d'une appellation officielle, mais les connaisseurs savent qu’on y produit d’excellentes eaux-de-vie, en particulier dans des lieux comme Le Houga, Hontanx, Le Bourdalat, Labastide d’Armagnac ,Lacquy, connus pour leurs "sables fauves" caractéristiques.
Le vignoble produit principalement de du Baco ; Colombard et Ugni blanc viennent d’être arrachés et seront replantés prochainement, la Folle Blanche également : celle-ci a été cultivée dans le passé et reste présente dans les millésimes de plus de 30 ans apportant beaucoup de finesse et de fraiches notes florales.
En Armagnac, le Baco , « tout en bataille » dans sa jeunesse, est particulièrement intéressant pour les eaux de vie destinées à un long vieillissement : il révèle au fil du temps un très riche potentiel aromatique. Il se marie très bien avec l’Ugni Blanc, plus neutre mais fin et élégant.
Distillation
La distillation est assurée par un alambic itinérant ,le domaine ne disposant plus de son propre alambic.. Le distillateur, Philippe Gironi assisté de Remi Brocardo du Château Lassalle Baqué, apporte chaque année le même alambic qui distille depuis l’après-guerre les vins du domaine.
Le processus de distillation dure généralement 2 à 3 jours, 24 heures sur 24, avec le distillateur et Raymond et Gentille toujours présents sur place pour superviser l'opération. La distillation a lieu au début du mois de novembre, au moment de la Toussaint, lorsque le vin est frais et parfaitement sain. Ils préfèrent distiller selon la tradition armagnacaise en simple chauffe à un degré d'alcool autour de 55%. Tout au long du processus, ils s'impliquent et sont présents à 100% pour garantir la qualité de leur Armagnac.
La politique du chai, de la réduction et du chêne
Le nouvel armagnac est accueilli dans des fûts neufs de chêne de Gascogne ; des fûts de belle facture provenant du tonnelier G. Bartholomeo car la qualité du bois joue aussi un grand rôle dans l’élevage, transmettant à l’Armagnac sa couleur ambrée son tanin et des notes aromatiques (réglisse, vanille…) qui se marient à celles de l’eau de vie ; cette alchimie qui confère à l’armagnac sa complexité et sa richesse aromatique s’élabore au fil du temps dans la fraiche pénombre du vieux chai , sans aucune adjonction.
Le domaine est très attentif au vieillissement des armagnacs : ceux-ci passent dans des fûts neufs puis anciens ; voyagent dans différentes parties du chai : zones basses plus humides favorisant la souplesse des eaux de vie mais aussi zones hautes , plus sèches, préservant les degrés d’alcool. C’est ainsi que les fûts s’organisent comme une sorte de bibliothèque en étages . la disposition et l'environnement du chai jouent un rôle crucial dans la maturation des armagnacs : les chais tricentenaires de La Béroje , en terre battue, toit de tuiles, très aérés , frais et humides favorisent notamment le caractère moelleux des eaux de vie ; Nous l'avons d'ailleurs bien remarqué lors de la dégustation d'une barrique à l'autre.
Les armagnacs millésimés ne sont actuellement proposés à la vente qu’à partir de 25 ans d’élevage , temps nécessaire à une réduction naturelle des eaux de vie et au déploiement du potentiel aromatique . R et G Crombez de Montmort s’interdisent toute réduction à l’eau qui permet artificiellement de faire baisser les degrés d’alcool et , inconvénient majeur, dilue les aromes.
Un assemblage proposé de moins de 20 ans, le Hors d’Âge, est ramené à un degré plus bas grâce à l’adjonction d’armagnacs anciens à faible teneur en alcool.
Les millésimes les plus anciens années 40, 50 60… sont placés sous verre dans des dames-jeannes pour éviter la perte de degrés et une influence excessive du chêne. C’est à la dégustation que les décisions de mise sous verre se prennent. Récemment, le domaine a commencé à utiliser des cuves Inox 316 pour stocker de plus grandes quantités d'armagnacs anciens, en particulier ceux dont les volumes dépassent ce que les bonbonnes peuvent contenir. Ces cuves de 500 litres sont utilisées pour assembler des armagnacs du même millésime, mais si un tonneau particulier présente une qualité exceptionnelle, il n'est pas assemblé.
Commentaire général
Tout au long de notre visite, Raymond et Gentille nous ont fait part de commentaires intéressants et nous ont donné un aperçu du monde - tel qu'ils le voient - de l'Armagnac aujourd'hui. Voici quelques-uns de ces commentaires : "L'Armagnac est un produit passionnant , qui ne cesse d’évoluer : il y a toujours quelque chose de nouveau à découvrir", disent-ils.
Cependant, les orientations actuelles du marché de l’Armagnac suscitent des inquiétudes. Tout en reconnaissant le besoin de stabilité financière, ils soulignent l'importance de privilégier la qualité. Ils ont choisi de se concentrer sur l'Armagnac haut de gamme, estimant que la précipitation dans le processus de production compromet la qualité : la production d'un excellent armagnac exige de la patience et une forte implication. Ils considèrent que leur rôle est d'accompagner les armagnacs tout au long de leur développement, plutôt que de les formater. Cette philosophie témoigne d’un profond respect pour le processus naturel et les qualités uniques qui se développent au fil du temps dans chaque millésime.
Les Armagnacs et la dégustation
Au domaine, on prend grand soin des armagnacs : une production annuelle autour de 2000 bouteilles permet cet accompagnement attentif.
Le millésime 1995 a été largement plébiscité en France. Il est réputé pour sa texture agréable, sa douceur et sa bouche onctueuse et riche (Cf Guide Gilbert et Gaillard, "La Maison du Whisky"...)
Le millésime 1990 de la Beroje est décrit comme "confit" . Doux et très suave , il a été noté que ce millésime était particulièrement apprécié des femmes. Le fût dégusté est à 40°.
Le millésime 1987, un des préférés de Max, se distingue par son profil aromatique particulier, ses saveurs concentrées et intenses avec des notes de violette et des éléments floraux, et un taux d'alcool de 41-42%.
L'Armagnac 1973, offre une immense finesse avec des arômes confits, tout en conservant une agréable fraîcheur et une intense concentration de saveurs. Cette finesse exceptionnelle, est probablement due à la présence de la Folle Blanche.
Le millésime 1966 est une perle rare, qualifiée d'"exquise" en raison des conditions exceptionnellement chaudes et sèches de cette année-là. Avant les vendanges, les feuilles des vignes sont mortes, empêchant la photosynthèse et donc l'augmentation du taux de sucre. Les raisins obtenus, bien que confits et pauvres en jus, n'ont pas augmenté leur teneur en alcool. La distillation de ces raisins a produit un Armagnac au parfum exceptionnel, disponible en quantités très limitées et décrit comme "absolument divin"
Le millésime 1976 qui a connu des conditions météorologiques équivalentes est aussi très intéressant.
Et le millésime 1967, bien que moins rare, est toujours considéré comme une pièce de collection. Ces millésimes sont conservés dans divers contenants : des fûts de chêne bien sûr et, pour les plus anciens millésimes, des bondonnes (ou dames-jeannes) de toutes tailles et des cuves en inox mentionnées plus haut.
Conclusion
Tout au long de notre roadtrip armagnacais, chaque producteur a une caractéristique qui fait que ses armagnacs se distinguent. Au Château de la Béroje, les Armagnacs sont résolument classiques, mais avec une séduction, une complexité, un équilibre et une texture pratiquement inégalés. Le mot confit a été prononcé au moins une fois pour chaque fût ou dame jeanne que nous avons dégustés. Il y a sans aucun doute un impact de la fraicheur et de l'humidité du chai sur la sensation en bouche de ces Armagnacs. Il ne s'agit pas d'Armagnacs à haute teneur en alcool. Le long vieillissement, le faible taux d'alcool relatif de distillation et le chai très humide ne permettent tout simplement pas d'obtenir des Armagnacs à haut degré d'alcool. Mais ce qu'ils n'ont pas en termes d'alcool, ils le compensent largement en termes d'intensité aromatique et de texture confite incomparable.
Ce sont des Armagnacs vers lesquels il faut courir - et non marcher. Accompagnez-en un avec n'importe quel mélange complexe de Cognac et vous comprendrez immédiatement la qualité qui se trouve dans le verre, et vous comprendrez aussi exactement pourquoi l'Armagnac est un spiritueux si fascinant.
Merci à Raymond et Gentille pour leur générosité et leurs explications minutieuses lors de notre visite. Bonne dégustation, nous en sommes persuadés !